Origine des Contes de Grimm

par Arcana  -  26 Mars 2014, 14:07  -  #legende

Publiés en deux volumes en 1812 et 1815, les Contes pour les enfants et la maison des frères Grimm bénéficièrent d’un contexte favorable. Plusieurs auteurs allemands s’étaient tournés avant eux vers l’écriture du conte, qu’il s’agisse de Goethe ou des romantiques allemands, donnant à ce qui n’était pas encore un genre littéraire à part entière (du moins en Allemagne) une légitimité croissante. C’est grâce à cette vogue dans le milieu littéraire qu’on commença à s’intéresser aux contes populaires, qui risquaient de s’effacer des mémoires dans un monde où la tradition orale cédait du terrain face à une plus grande diffusion des livres et un accès plus large du peuple à ceux-ci. Les frères Grimm sentirent donc l’urgence qu’il y avait à recueillir au plus vite ces récits qu’ils confondaient, comme les romantiques de leur temps, avec une tradition nationale en même temps qu’avec une poésie naturelle tendant à l’universel. On sait que ceux-ci ont insisté sur l’origine populaire de ces récits. Désireux de se distinguer des auteurs de contes de leur époque – notamment Brentano et Arnim -, ils se présentèrent comme de simples collecteurs d’histoires merveilleuses issues de la bouche même des paysans rencontrés dans la campagne de la Hesse où vivaient les deux frères. La vérité est tout autre : les informateurs des Grimm étaient des femmes de la haute bourgeoisie cultivée de Kassel ou de la noblesse de Westphalie ayant une bonne connaissance du français, en raison, pour certaines, de leurs origines huguenotes. Parmi elles, la plus connue est Dorothea Viehmann, qui a fourni à elle seule plus de trente textes du recueil. Elle fut présentée – et cette image perdure jusqu’à aujourd’hui – comme une authentique paysanne hessoise, personnification même de la conteuse. En plus de cette origine sociale des informatrices qui n’était donc pas issue du « bas peuple », il faut, pour dépasser la légende, savoir que les Grimm retravaillaient les textes à chaque nouvelle édition, rompant donc, mais sans le dire, avec la démarche scientifique qu’ils prétendaient suivre en recueillant simplement la parole populaire.

Origine des Contes de Grimm

Ce qui fait l’originalité des contes de Grimm, c’est, comme leur titre l’indique, qu’ils s’adressent directement aux enfants. Avec les philanthropes de leur temps, ils participent de la création de la littérature enfantine – en rupture donc avec un dix-huitième siècle où l’enfant était un être sans autonomie, juste bon à être éduqué pour en faire un adulte. Quelques années auparavant, Novalis avait écrit : « Là où il y a des enfants se trouve l’Âge d’or ». Sous la plume des Grimm, on peut lire (préface à la première édition du tome 1, traduite dans cette édition) : « Pour ce qui est de la substance de ces contes, ils sont traversés par la même pureté que celle qui fait que les enfants nous semblent si merveilleux et bienheureux ; les contes ont, pour ainsi dire, les mêmes yeux d’un bleu presque blanc, parfaits et brillants (…) ». Idéalisation de l’enfance qui se double toutefois de la dure, parfois de l’atroce réalité du conte, où inceste et meurtre peuvent se produire, faisant de l’enfant un être menacé, soumis à des dangers divers auxquels il lui faudra échapper s’il veut grandir. On sait que les contes, et surtout ceux de Grimm, ont été l’objet d’interprétations faisant la part belle à l’inconscient qui s’exprimerait dans les histoires apparemment les plus innocentes. On sait aussi que les frères Grimm, à la suite de certains reproches qui leur ont été faits, ont « désérotisé » certains passages de leurs textes, pour les rendre plus présentables auprès de leur public enfantin. Désérotisation suivie, un siècle plus tard, d’une lecture psychanalysante perceptible au sein même de précédentes traductions. Il suffit de comparer certains détails du texte en allemand puis en français pour s’en rendre compte. Dans Rose d’épine, où une reine met au monde une fille, apparaissent à la fête célébrant cette naissance douze femmes faisant chacune cadeau d’un don merveilleux à l’enfant. Marthe Robert avait traduit die weisen Frauen par les « sage-femmes », sous prétexte que, « avant d’être magicienne ou sorcière, la « sage-femme », comme les Moires grecques et les Nornes germaniques, paraît bien présider à la naissance de l’homme, dont elle figure le Destin ». Tout en donnant cette interprétation dans son commentaire du conte, Natacha Rimasson-Fertin, quant à elle, traduit littéralement par « femmes sages », ce qui paraît plus justifié, surtout dans la perspective « scientifique » d’une édition critique qui est défendue ici.

Origine des Contes de Grimm
Origine des Contes de GrimmOrigine des Contes de Grimm

Ce qui frappe à la lecture de plusieurs contes de ce recueil si fameux, c’est leur dimension universelle. Ainsi de « Hans-la-Chance » par exemple, qui raconte l’histoire d’un garçon de ferme ayant travaillé au service de son maître pendant sept ans et qui, au moment de le quitter pour rentrer chez sa mère, reçoit comme salaire une pépite d’or qu’il échange contre un cheval, puis contre une vache, et ainsi de suite jusqu’à se retrouver en possession d’une pierre à aiguiser qu’il fait tomber au fond d’un puits. L’histoire s’achève sur ces mots : « « Il n’est pas d’homme aussi heureux que moi sous le soleil », s’exclama-t-il. Et, le cœur léger et débarrassé de tout fardeau, il s’élança de nouveau sur son chemin, jusqu’à ce qu’il arrive chez sa mère ». L’étonnant dans ce conte, c’est qu’il suffirait de remplacer le prénom allemand du héros par un prénom japonais pour qu’on le lise comme un conte zen ! Il en est de même d’un conte écarté du recueil, Le malheur, à la fois si tragique et si absurde qu’il rappelle le climat de certains textes de Michaux. Le propre du conte semble être la neutralité du style et son caractère universel et intemporel. A une époque où se forme la figure voire le mythe de l’écrivain, surgit une parole collective – ou du moins, comme on l’a vu, sa fiction – racontant différentes épreuves de l’existence sur le mode du merveilleux. Cette parole dite anonyme et ancestrale hante la littérature moderne, comme on s’en rend compte en lisant des auteurs qui s’en sont nourris, qu’on pense au grand Robert Walser qui doit tant aux Grimm.

P.-S

Grimm, J&W, Contes, éditions José Corti, 1184 pages en 2 vol. sous coffret, 2009, Collection Merveilleux N°40, 30 illustrations.

Origine des Contes de Grimm
Origine des Contes de Grimm

Origine de la sorcière

Les frères Grimm sont à l'origine des premières sorcières des contes, même si de nombreux pays après eux ont développés plusieurs versions de ses derniers. Quoi qu'il en soit, dans chaque histoire, la sorcière est vieille et moche, souvent parsemée de pustules hideux et se tient perchée sur un balais de bois. La sorcière est également au fin fond d'une forêt, lieu où elle attend patiemment qu'un enfant y passe pour en faire son quatre heures et ainsi retrouver un semblant de beauté et de jeunesse. Les Grimm ont été les premiers à avancer que les contes confondus n'étaient pas des histoires individuelles, mais bel et bien des contes collectifs. Ils n'ont pas hésité à partir à la recherche des mythes allemands, mais l'origine de leurs contes reste tout de même confuse. Ils étaient timides et n'ont pas fait le tour des contrées comme on aimait à le penser pour récolter de fameuses histoires, il est avéré que des jeunes conteuses venaient à eux, c'est d'ailleurs ainsi qu'ils ont découvert le fameux conte d'Hansel et Gretel. Les origines de cette histoire ont l'Italie pour base, mais l'apport le plus important vient bel et bien de France, puisque les frères sans s'en apercevoir se seraient inspirés du conte 'Le petit poucet'. Il faut tout de même savoir qu'il existait des représentations de sorcière à l'antiquité déjà. Certains pensent que les sorcières dans les contes sont le produit d'une diabolisation par le christianisme des anciennes déesses païennes, on retrouve des traces de ses divinités nocturnes chez les Celtes d'ailleurs. Tout se rejoint finalement. Mais cela ne change rien, puisque le conte d'Hansel et Gretel est un des contes les plus connus à travers le monde. Dans les contes français, la sorcière n'existait pas, il s'agissait plutôt de bonnes ou de mauvaises fées, comme quoi, tout évolue au fil des siècles. Cela ne les empêchait pas d'être profondément méchantes. Le thème récurent dans les contes Grimm, autant que dans les autres d'ailleurs, c'est que les sorcières volent, souvent à l'aide d'un balais et doivent manger des enfants pour survivre. Ce serait-là une facette démoniaque de la sorcière et en quelque sorte une représentation de la grande mortalité des enfants. La médecine d'autrefois n'était en effet pas assez développé et il faut également avouer que les médecins et autres praticiens n'avaient pas une hygiène parfaite, loin de la même puisqu'ils pratiquaient des autopsies ou touchaient des morts et allaient tout de suite après donner naissance à un enfant sans s'être entre temps lavés les mains. Une énorme erreur dont ils n'ont eu conscience que bien plus tard et après bien des morts. Le cannibalisme est également un élément clef dans de nombreux contes de sorcières et cela est tiré d'une réalité historique puisque jusqu'aux début des temps modernes, on reprochait aux femmes accusées de sorcellerie d'avoir tué et mangé des personnes. Aujourd'hui, la sorcière n'est plus ce qu'elle était puisqu'elle est non seulement représentée sous des traits bien plus délicats, mais a laissé ses attributs derrière elle, comme son balais par exemple. Elle est souvent, est décrite comme bonne et même quelques-fois inoffensive, prenons pour exemple la saga Harry potter. Elle reste tout de même complexe, mystérieuse, puissante et intéressante, elle continue à fasciner, tout simplement.

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Film les Frères Grimm

En s'aventurant dans un pays de fantaisie, pas nécessairement fidèle à ce que fut l'Allemagne des frères Grimm, Terry Gilliam lustre son blason de cinéaste du délire visuel. Il est ici flanqué d'un scénariste inspiré, Ehren Kruger. Au lieu d'écrivains recueillis, on découvre deux zigotos lancés dans un drôle de business, courant au secours de villageois pour les débarrasser de créatures maléfiques auxquelles ils ont eux-mêmes donné vie. Jusqu'au jour où, leur subterfuge découvert, ils sont envoyés de force dans un village terrorisé par la disparition de petites filles et sont priés de mettre fin à cette macabre comédie. Mais, cette fois, ce que l'on croyait faux est vrai...Terry Gilliam joue à repousser les limites de la croyance et de l'illusion. Il est de ceux qui veulent toujours être pris et repris au jeu comme si c'était la première fois. Ici, pas de construction intellectuelle autour des pouvoirs de la fiction, même s'il n'est question que de cela. Tout nous ramène à la joie d'un cinéaste qui feuillette un livre d'images enchantées. La simplicité des effets spéciaux, qui déroute un peu au début, ajoute finalement à ce plaisir. Mais Gilliam nous dit aussi qu'il n'est pas dupe, que la féerie est bel et bien une foire plutôt burlesque, un échafaudage d'idées rocambolesques qui ne tiennent pas debout. Les contes, c'est un grand bazar, et le film n'hésite pas à en être un parfois. C'est risqué et d'autant plus sympathique. — Frédéric Strauss

Frédéric Strauss:

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« Les hommes, dans tous les temps, ont fait de la religion un instrument d'ambition et d'injustice. »

Jacob Grimm

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