Nag Hammadi : les écrits gnostiques

par Arcana  -  9 Novembre 2015, 10:00  -  #religion

En décembre 1945 fut déterré accidentellement un ensemble de 52 textes religieux et philosophiques caché il y a 1600 ans dans une jarre. Un groupe de paysans découvrit en effet non loin du village de Nag Hammadi en Haute Égypte une véritable bibliothèque, en langue copte, celle là même que parlaient les chrétiens égyptiens, et allant faire l’effet d’une bombe dans les milieux historiques et théologiques. Parmi ce corpus de 1200 pages, actuellement conservé au Musée copte du Caire, un écrit a particulièrement défrayé la chronique, L’évangile selon Thomas, originellement titré « Paroles cachées de Jésus écrites par Thomas" . 55 ans après cette miraculeuse découverte, la polémique est toujours très vive et l’étude des textes un grand sujet de controverse. Beaucoup d’encre a coulé : des interprétations à tendance rosicrucienne jusqu’à l’accusation d’omerta religieuse, les scientifiques continuent aujourd’hui à s’interroger sur l’impact exact que constitue une telle découverte. La découverte de la bibliothèque fut localisée au Nord Ouest de Louxor, entre Dendérah et Panopolis. Le corpus y avait été soigneusement placé dans une tombe du cimetière pacômien au pied de la falaise du Djebel el Tarif. Initiation à la Gnose et à la tradition chrétienne, à la lumière des textes de Nag Hammadi

Nag Hammadi : les écrits gnostiques

Le contenu des manuscrits de Nag Hammadi

L’ensemble des livres se compose de textes religieux et hermétiques, d’ouvrages de sentences morales, d’écrits apocryphes et plus curieusement encore d’une ré-écriture de la République de Platon. Outre l’intérêt des manuscrits pour l’histoire du livre (ils sont les plus anciens connus à ce jour) et la paléographie copte, ils représentent un témoignage capitale pour l’histoire de la philosophie et du christianisme primitif. Leur analyse est néanmoins très difficile puisque nous ne connaissons ni leurs auteurs, ni les circonstances, ni les lieux de leur rédaction. En revanche, on peut aujourd’hui les considérer comme décisif pour la recherche sur le gnosticisme des premiers temps. Les écrits gnostiques de Nag Hammadi Les textes religieux, dit "gnostiques", proposent des interprétations et des rituels chrétiens différents de ceux officialisés en 325 et qui avaient été immédiatement rejetés comme hérétiques. C’est pourquoi ils furent rassemblés, protégés et cachés par les communautés dites "déviantes". La gnose signifie la connaissance. Les gnostiques avaient une toute autre relation aux textes sacrés que les chrétiens en ce sens qu’ils ne s’attachaient aucunement à leur historicité mais à leur sens ésotérique. Les gnostiques envisagent donc les choses divines comme une connaissance intérieure et secrète, transmise par la tradition et par l’initiation. La bibliothèque de Nag Hammadi offre de nombreux témoignages de ces courants gnostiques prétendant contenir un enseignement secret tout en s’inspirant parfois de l’Ancien Testament. Nag Hammadi et l’Hermétisme Parmi le corpus de la bibliothèque se trouvent des livres dits "hermétiques" s’inscrivant dans la tradition du Corpus Herméticus. Le codex VI est en effet composé d’un traité de titre inconnu et surnommé L’Ogdoade et L’Ennéade, d’une prière d’action de grâce et d’un long fragment du Discours Parfait. Ces deux derniers textes sont en partie repris dans l’Asclépius tandis que le premier est tout à fait inédit. Ces écrits peuvent être mis à part tant ils s’éloignent des théories gnostiques largement diffusées dans le reste de la bibliothèque. Mais leur intérêt réside surtout dans leur inspiration égyptienne très marquée en comparaison des textes grecs et latins connus à ce jour. Ils ne rejettent d’ailleurs aucunement la religion égyptienne mais propose de la "spiritualiser". Plus qu’un système religieux à la manière chrétienne, l’hermétisme est une "voie". Complémentaires et suffisants, ils exposent à eux trois l’ensemble de la doctrine hermétique, le chemin initiatique devant conduire à "l’illumination divine". Il s’agit d’une des différences fondamentales entre chrétiens et gnostiques ou hermétiques. Si le christianisme se repose sur la vérité historique, les courants gnostiques, hermétisme compris, accordent une place primordiale au symbolisme, voire à l’allégorie. Un exemplaire des codices découverts en 1945 au pied de la montagne du Gebel el Tarif : la plupart de ces codices étaient protégés par un étui de cuir tel que celui-ci.

Histoire d’une grande découverte

Le parcours précis des livres de Nag Hammadi est une extraordinaire aventure qui ne fut connue que 30 ans après leur découverte, quand son auteur, Mohammed Ali Samman, accepta de raconter son histoire. Elle fut recueillie par les savants conscients de l’importance des circonstances qui entouraient la mise à jour des manuscrits. Parti à la recherche d’engrais naturel, le sabakh, dans la montagne proche de son village, Mohammed Ali Samman déterra accidentellement une jarre de terre rouge, haute d’un mètre. Hésitant avant de la briser - celle-ci aurait pu être le logement d’un esprit malin - l’appât du gain et la curiosité l’emporta finalement. Mais à la place de l’or tant espéré, il n’y découvrit qu’une douzaine de livres reliés dans des étuis de cuir brun qu’il rapporta chez lui à Al Quasr. Inconscient de leur valeur inestimable, il les jeta sur le tas de paille destiné à alimenter le four du foyer. Sa mère, Umm-Ahmad, en fit d’ailleurs usage pour entretenir le feu. Selon son témoignage, Mohammed Ali Samman était alors mêlé à une histoire de vendetta à la suite du meurtre de son père. Décidés à le venger, ses frères et lui assassinèrent quelques semaines plus tard Ahmed Ismail, le coupable, de passage dans la région. Craignant les représailles de la police, il confia le "trésor" au religieux Al- Qummus Basiliyus Abd el Masih qui, frappé par leur originalité, envoya un exemplaire des manuscrits à l’historien égyptien Raghib. Ce dernier, présumant déjà de leur grande valeur, les fit parvenir au Caire . Rapidement vendus au marché noir, les livres attirèrent l’attention du gouvernement égyptien qui en fit l’acquisition, freinant ainsi leur éparpillement et leur fuite hors des frontières égyptiennes. Déposés au Musée Copte du Caire, il faudra encore attendre quelques années avant que ces livres soient portés à la connaissance des scientifiques. Un des codices, surnommé aujourd’hui le codex Jung, échappa à l’autorité égyptienne et fut vendu aux Etats-Unis à des collectionneurs privés. Un historien néerlandais, Gilles Quispel, entendit parler de ces mystérieux manuscrits et décida de les acheter par l’intermédiaire de la Fondation Jung de Zurich. Après examen de ce codex isolé, l’historien constate que quelques pages sont manquantes et s’envole pour l’Egypte afin de les rassembler. Il se rend au Musée Copte dès le printemps 1955 afin d’emprunter les photographies des textes. C’est à ce moment qu’il s’aperçoit de la valeur réelle des pages qu’il tenait entre ses mains. Et il ne s’agissait là que de l’un des 52 manuscrits découverts dix ans plus tôt à Nag Hammadi ! Dans sa déclaration, Mohammed Ali Samman admet que certaines pages ont été perdues, brûlées ou jetées. Malgré tout, il avait mis la main sur un fabuleux trésor : des traductions coptes datant du IIe siècle de notre ère de textes religieux et philosophiques encore plus anciens, initialement rédigés en langue grecque, et dont quelques fragments avaient été mis à jour par des archéologues cinquante ans auparavant ! La première partie des manuscrits fut confiée au religieux Al-Qummus Basiliyus Abd el Masih. Envoyé à l’historien Raghib, cet ensemble devient la propriété du Musée copte du Caire où il est étudié par l’égyptologue français Jean Doresse. De cet examen, mettant en avant la richesse d’une telle découverte, est née la nécessité de retrouver et de réunir la totalité de la collection. La deuxième partie de la bibliothèque passe entre les mains d’un hors-la-loi, Bahij Ali, du village de Samman. Vendue à Phocion Tano, un antiquaire du Caire, le gouvernement égyptien tente de la racheter. L’antiquaire affirme qu’ils sont dorénavant la possession d’une collectionneuse italienne, Mademoiselle Dattari, habitant la capitale égyptienne. Lorsqu’en 1952, les manuscrits sont déclarés bien national par le ministère de l’Education Public, la collection Dattari devient la propriété du Musée Copte du Caire. La dernière partie des manuscrits, aussi vendue au marché noir, est achetée par l’antiquaire Albert Eid. Celui-ci, refusant de remettre le codex 1 aux autorités de son pays, le fait passer en fraude hors des frontières l’Egypte. Resté invendu aux Etats-Unis, il le dépose dans un coffre fort en Belgique. A son décès, sa femme poursuit la vente illicite du livre. C’est alors qu’il est remarqué par le professeur Gilles Quispel qui en fait l’acquisition par l’intermédiaire de la fondation Jung de Zurich afin d’être offert comme cadeau d’anniversaire au psychanalyste Carl-Gustav Jung.

Nag Hammadi : les écrits gnostiques

En décembre 1945, près de la ville de Nag Hammadi, des paysans égyptiens déterraient fortuitement une jarre contenant treize codices de papyrus, des volumes reliés à plat comme nos livres et recouverts de cuir. Ils venaient de faire l’une des plus formidables découvertes de manuscrits anciens du XXe siècle. Dans un état de conservation variable, les 1156 pages inscrites renferment 54 oeuvres différentes, la plupart inconnues par ailleurs, dont le fameux Évangile selon Thomas, un recueil de paroles de Jésus. Il s’agit de textes religieux, généralement décrits comme gnostiques. D’abord rédigés en grec, vraisemblablement au cours du IIe siècle, ces textes ont ensuite été traduits en copte, la langue de l’Égypte de cette époque, puis copiés vers le milieu du IVe siècle dans des codices qui ont par la suite été enfouis dans une jarre, probablement au début du Ve siècle. Cette découverte est d’un intérêt inestimable, que ce soit pour l’histoire du livre, dont les codices de Nag Hammadi constituent les plus anciens spécimens, pour l’histoire de la langue et de la paléographie coptes, ou pour celle de la philosophie et du christianisme naissant. Ces textes ressuscitent en effet pour nous des formes du christianisme primitif que la tradition postérieure a combattues et s’est efforcée de faire disparaître, mais qui jouèrent néanmoins un rôle essentiel dans sa formation. Leur édition, leur traduction dans des langues modernes et leur étude, qui en est encore à ses débuts, ouvrent donc une fenêtre nouvelle sur la période du IIe siècle, si importante dans la formation du christianisme. Toutefois, l’interprétation de ces textes nouveaux est particulièrement difficile. On ignore en effet l’identité de leurs auteurs, les lieux, dates et circonstances de leur rédaction en grec, de leur transmission, de leur traduction en copte, de leur copie dans les codices mis au jour en 1945. De laborieuses recherches permettent néanmoins de les situer dans leur contexte et d’en tirer de nombreux renseignements qui éclairent l’histoire des premiers siècles chrétiens sous un jour nouveau. Ainsi, pour ne donner qu’un seul exemple, l’Évangile selon Thomas est devenu une pièce maîtresse de la recherche sur le personnage historique de Jésus de Nazareth et sur les origines du christianisme. En 1952, 12 codices et demi se trouvent réunis au Musée Copte du Caire et une grande partie du 13e placée dans un coffre à Zurich. Mais selon le témoignage de Samman, des pages ont été perdues, brûlées ou jetées. Par ailleurs, on ne sait pas si la bibliothèque retrouvée en 1945, est aujourd’hui complète et si aucun livre supplémentaire ne se promènerait pas encore dans la nature.

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