Légende et Folklore des îles de Bretagne

par Arcana  -  12 Février 2014, 13:48  -  #legende

Légende et Folklore des îles de Bretagne Légende et Folklore des îles de Bretagne

Belle ile en Mer

Selon la légende, la ravissante île qu'on appelle en breton Ar Gerveur (la Grande Cité) et en français Belle-Ile-en-Mer, serait une création des fées. Celles-ci, contraintes de quitter la Bretagne où elles avaient vécu pendant de long siècles, en éprouvèrent tant de chagrin qu'elles versèrent des flots de larmes.

De ces flots naquit le golf du Morbihan. Elles y jetèrent leurs couronnes de fleurs et ce sont ces couronnes de fleurs qui sont devenues les 365 îles et îlots parsemant le golfe. Mais la plus belle d'entre elles, celle de la reine des fées en personne, dériva sur les ondes et alla former au large la plus grande des îles bretonnes, la splendide Belle-Ile-en-Mer.

Et il est bien vrai que ces 365 îles du Golfe et leur grande soeur Ar Gerveur constituent un ensemble absolument Féerique.

Légende et Folklore des îles de Bretagne Légende et Folklore des îles de Bretagne

Ile de Groix

Le même adage qui nous avertit que "Qui voit Ouessant voit son sang, qui voit Sein voit sa fin", nous fait savoir aussi, fort justement, qu'au contraire "Qui voit Groix voit sa joie".

Séparée de la rade de Lorient par le "coureau de Groix" dont la traversé ne demande que 3/4 d'heure, cette île (qu'on appelait alors Grouats) fut, au début du 13eme siècle sauvée de la destruction par une astuce de son recteur (curé). Une troupe anglaise commandée par l'amiral Roock et forte de 7000 hommes allait y débarquer et la dévaster, sans qu'elle pût se défendre parce que tout les hommes étaient a la pêche.

L'ingénieux prêtre appela les femmes à rassembler avec leur bétail au sommet de l' île le se déguiser en hommes, se couvrir la tête de goémon, enfourcher leur chevaux de labour ou, à défaut, leurs vaches et porter des bâtons sur l' épaule. De loin, l'ennemi les prit pour un régiment de dragons, n'insista pas et repris le large.

Légende et Folklore des îles de Bretagne Légende et Folklore des îles de Bretagne

Ile de Batz

Comme beaucoup de saints personnages des pays celtiques d'outre-Manche, le pieux moine Pol Aurélien, fils d'un noble du Glamorgan (Galles du sud) avait traversé le Channel pour aller évangéliser les Armoricains.

Débarqué à Ouessant avec 12 compagnons, il gagna la côte du Léon et décida d'aller trouver le chef du pays pour obtenir de lui un terrain où établir un monastère. Le chef n'était pas chez lui: on lui dit qu'il était partit à l'île de Batz Il s'y rendit inconscient et eu la surprise de reconnaître que ce chef n'était autre que son propre cousin Withur.

Celui-ci lui raconta qu'il était venu combattre un dragon qui ravageait l'île, mais qu'il n'avait pu, Jusqu'ici en venir à bout. Pol déclara se charger d'éliminer la bête et accepta pour cela l'aide d'un valeureux garçon du pays, le jeune Nuz.

Tous les deux s'en furent vers l'antre de la bête qui vomissait du feu et Pol lui entoura le cou de son étole. Le monstre devint doux comme un agneau et docile comme un chiot. Ils le conduisirent au bord de la côte et Pol lui ordonna de se jeter dans la mer. Depuis lors, on n'a plus jamais vu de dragon à l'île de Batz.

Légende et Folklore des îles de Bretagne Légende et Folklore des îles de Bretagne

Ile d'Houat

Vers la fin du 5eme siècle, naquît en Ecosse, dans une famille récemment convertie au christianisme, un petit garçon qui fût prénommé Gildas.

A sept ans, il fut mit en pension à l'école de Lancarvan située au sud du pays de Galle et tenue par des moines, et y commença de brillantes études qu'il termina vers 15 ans.

Il partit alors en voyage d'études vers la gaule et la grande Bretagne et, à son retour à l'age de 25 ans il fut nommé prêtre.

En 540, pour fuir les guerres qui avaient éclaté entre les bretons et les envahisseurs saxons, il se réfugia en Armorique. Il écrivit un important ouvrage décrivant les malheurs du temps, de Excidio Brittaniae, et établit son ermitage dans une petite île de la côte vénète, Houat.

Par la suite le comte de Vannes, Waroch, lui concéda un terrain sur le continent et il y fonda un monastère, connu sous le nom de Saint-Gildas de Rhuys.

Légende et Folklore des îles de Bretagne Légende et Folklore des îles de Bretagne

Ile de Sein

Si l'on en croît la tradition, l'île de sein ("Enez Sun"), la "Sena" des latins, hébergeait dans l'antiquité un collège de neufs prêtresses qui avaient fait vœu de virginité pour la durée de leur vie et avaient reçu, en contrepartie, les dons de métamorphose, de guérison de prédiction.

Après leur mort les druides du continent étaient embarqués sur des bateaux dans la baie des trépassés et débarqués sur l'île de sein où ils recevaient la sépulture que méritait leur caractère sacré.

Les neufs vierges sacrées D'enez Sun ont refusé de se convertir au christianisme et ont continué longtemps encore leurs mystérieuses cérémonies et leurs incantations. C'e sont elles qui ont servi de modèle à chateaubriand pour créer sont personnage de Velléda, poétique incarnation de l'âme celtique sauvage et voilée de mystère.

Légende et Folklore des îles de Bretagne Légende et Folklore des îles de Bretagne

L'archipel des Glénant

L'archipel des Glénan comprend 9 îlots dont l'un est l'île du loc'h au centre de laquelle se trouve un étang.

Au fond de cet étang habitait autrefois une sorcière, la "gwrac'h", qui était aussi riche a elle seule que tout les rois de la terre réunis.

Quand un beau garçon s'aventurait dans son domaine sous-marin elle lui proposait le mariage. Mais le lendemain des noces elle le transformait en poisson qu'elle faisait frire pour ensuite le dévorer. l'enchantement prit fin lorsqu'une jeune fille de Rosporden, Bellah Postic, qui c'était déguisée en homme , vint la trouver pour tenter de sauver son fiancé, Houan, que la magicienne avait métamorphosé en grenouille.

Grâce a ses talismans, Bellah parvint a emprisonner la grwac'h dans son filet et rendit leur figure humaine a tout les malheureux qui avaient été mués en animaux aquatiques.

Légende et Folklore des îles de Bretagne Légende et Folklore des îles de Bretagne

Ile de Bréhat

Si vous allez à Bréhat (et vous auriez tord de ne pas y aller, car c'est une île enchanteresse couverte de fleurs de toutes sortes et de toutes les couleurs), vous pouvez, en marchant a partir du bourg 3,5 km vers le nord et en franchissant le petit pont qui uni les deux moitiés de l'île, aller voir le gouffre du paon.

C'est là, dit-on que deux jeunes dévoyés, Gwill et Isselbert assassinèrent leur père, le noble Mériadec, compte du Goélo, pour s'emparer de ses richesses. Ils portèrent le cadavre sur les épaules vers le haut de la falaise mais, brusquement le sol s'éffondra sous leurs pieds, leurs bras se pétrifièrent, et ils furent changés en ces parois de la falaise qui s'âbiment dans le gouffre.

Vous verrez non loin une roche qui surplombe une fente où se brise la mer.

Naguère les jeunes fiancés désirant connaître la date de leur mariage jetèrent un galet dans le gouffre. S'il atteignait directement le fond sans toucher les côtes, le mariage aurait lieu dans l'année. Dans la cas contraire, il faudrait attendre autant d'années qu'il y'aurait eu de heurts contre le rocher.

Légende et Folklore des îles de Bretagne Légende et Folklore des îles de Bretagne

Ile d´Ouessant

C'est un grand malheur pour les hommes des îles bretonnes dont le sort le plus habituel est de finir dans les flots, que de ne pouvoir être ensevelis en terre chrétienne et de devoir errer éternellement au-dessus de l'océan.

Aussi dans l'île d'Ouessant, dès qu'est apportée la nouvelle d'une disparition en mer, parents et voisins sont conviés a une veillée mortuaire comme pour tout autre défunt. On recouvre la table d'un drap, sur lequel on dispose en croix deux serviettes pliées. Au milieu de cette croix on met une petite croix de cire, faite de morceaux de cierge de la chandeleur.

Comme pour toute veillée funèbre, on allume des chandelles et l'on met dans une soucoupe de l'eau bénite, avec un rameau de buis. La cérémonie est appelé "proella", mot dont l'étymologie reste mystérieuse. On y dit les prières de morts et une prieuse fait le panégyriquedu disparu. Le lendemain le clergé vient chercher solennellement la petite croix de cire. On l'emporte en procession a l'église, où elle est posée sur le catafalque, au milieu de la nef. On célèbre la messe des morts et le prêtre donne l'absoute.

La croix de proella est alors enterrée, avec toute celles de l'année, dans une sorte d'armoire scellée dans le mur. A la toussaint ces croix sont transférées cérémonieusement dans un monument spécial du cimetière appelé, lui aussi, "proella"

Légende et Folklore des îles de Bretagne Légende et Folklore des îles de Bretagne

La Legende de la Ville d'Ys:

Voici l'histoire du Roi Gradlon et de la ville d'Ys. Le Roi Gradlon habitait en Cornouaille. Il possedait une flotte de nombreux bateaux qu'il aimait opposer a ses ennemis, souvent dans des pays lointains ou il faisait tres froid. Il etait excellent marin et stratege et gagnait souvent ses combats, pillant alors les navires ennemis et remplissant ainsi ses coffres d'or et de trophees.Un jour ses marins, fatigues de se battre dans ces pays froids, se rebellerent, refusant de monter a l'assaut d'un chateau-fort qui leur etait pourtant promis. Beaucoup d'entre eux etaient morts durant l'hiver. Ils deciderent de regagner leurs navires et de mettre le cap vers leur terre, la Bretagne, pour y retrouver femmes et enfants et y vivre au calme. Le Roi Gradlon les laissa partir et se retrouva seul, dans une nuit froide. Il etait vaincu par ses propres hommes et, apres l'exaltation des combats et des victoires, connaissait maintenant une profonde tristesse.Tout a coup le roi sentit une presence autour de lui. Il leva la tete et apercu, blanche dans le clair de lune et vetue d'une cuirasse ruisselant de la lumiere de l'astre, une femme aux longs cheveux roux. C'etait Malgven, la Reine du Nord, souveraine boreale regnant sans partage sur les pays froids. Elle dit au Roi Gradlon: "Je te connais, tu es courageux et adroit au combat. Mon mari est vieux, son epee est rouillee. Toi et moi allons le tuer. Ensuite, tu m'emmeneras dans ton pays de Cornouaille." Ils tuerent le vieux roi du Nord, remplirent un coffre d'or et, comme Gradlon n'avait plus de bateau, enfourcherent Morvarc'h, le cheval magique de Malgven. Morvarc'h veut dire "cheval de mer", il etait noir comme la nuit et soufflait du feu par ses naseaux. Le cheval galopait sur la crete des vagues et ils rejoinrent vite les bateaux du roi qui avaient pris la fuite et regagnaient la Cornouaille. Une violente tempete et un orage eclaterent alors, eparpillant les bateaux sur l'ocean.

La naissance de Dahut

Gradlon et Malgven resterent une anne entiere sur la mer. Un jour, sur un bateau, Malgven donna naissance a un enfant, une fille qu'ils appelerent Dahut. Heals, la reine resta malade et mourut. Le Roi Gradlon et sa fille Dahut rentrerent en Cornouaille. Mais le roi etait si triste qu'il ne sortait plus jamais de son chateau. Dahut grandissait, elle etait tres belle, comme sa mere Malgven. Le Roi Gradlon aimait jouer avec les boucles de ses longs cheveux blonds. Dahut aimait beaucoup la mer. Un jour elle demanda a son pere qu'il lui construise une ville, une ville au bord de la mer.

La ville construite contre la mer

Gradlon adorait sa fille et accepta. Plusieurs milliers d'ouvriers furent mis au travail et construisirent une ville qui semblait sortir de la mer. Pour la defendre des hautes vagues et des tempetes, il fut construit une tres haute digue encerclant la ville, avec une unique porte de bronze qui y donnait acces. Le Roi Gradlon seul en possedait la cle. On l'appela ville d'Ys.

Les fiancailles de Dahut avec l'Ocean

Les pecheurs, chaque soir, voyaient sur la plage un femme qui chantait tres fort, peignant ses longs cheveux blonds. C'etait la princesse Dahut. Elle disait "Ocean, bel Ocean bleu, roule moi sur le sable, je suis ta fiancee, Ocean, bel Ocean bleu. Je suis nee sur la mer, dans les vagues et l'ecume, quand j'etais enfants je jouais avec toi. Ocean, bel Ocean bleu, roule moi sur le sable, je suis ta fiancee, Ocean, bel Ocean bleu. Ocean, toi qui retourne comme tu le veux bateaux et hommes, donne moi les navires somptueux des naufrages et leurs richesses, or et tresors. Fais venir dans ma ville de beaux marins que je pourrai regarder. Ne sois pas jaloux, je te les rendrai l'un apres l'autre. Ocean, bel Ocean bleu, roule moi sur le sable, je suis ta fiancee, Ocean, bel Ocean bleu."

La ville d'Ys devint alors un endoit ou l'on s'amusait, la ville s'emplit de marins. Chaque jour voyait de nouveaux festins, des jeux, des danses.

Le masque magique

Chaque jour, la princesse Dahut avait un nouveau fiance. Le soir, elle lui mettait un masque noir sur le visage, il restait avec elle jusqu'au matin. Des que le chant de l'alouette se faisait entendre, le masque se resserrait sur la gorge du jeune homme et etouffait le fiance de la nuit. Un cavalier prenait alors le corps sur son cheval pour aller le jeter dans l'Ocean, au dela de la baie de Trepasses. Ainsi, tous les fiances de Dahut mouraient au matin et etaient jetes a la mer.

Un jour de printemps, un chevalier etrange arriva dans la ville d'Ys. Il etait habille de rouge, ses mains etaient longues et fines, ses ongles pointus et recourbes. Dahut lui sourit, le chevalier ne la regarda pas. Un soir cependant, il accepta de venir aupres d'elle. Il passa longuement ses longues mains aux ongles pointus dans les beaux cheveux blonds de la princesse. Soudain, un grand bruit s'eleva du cote de la mer et un terrible coup de vent heurta les murailles de la ville d'Ys. "Que la tempete rugisse, les portes de la ville sont solide et c'est le Roi Gradlon, mon pere, qui en possede l'unique cle, attachee a son cou", dit Dahut. "Ton pere le roi dort, tu peux maintenant t'emparer facilement de cette cle", repliqua le chevalier.

La submersion de la ville

La princesse Dahut entra dans la chambre de son pere, s'approcha doucement de lui et prit la cle, attache a une chaine autour de son cou. Aussitot, une enorme vague, plus haute qu'une montagne, s'ecroula sur Dahut. Son pere se reveilla et elle lui dit: "Pere, vite, prenons le cheval Morvarc'h, la mer a renverse les digues". Le roi prit sa fille sur le cheval, la mer etait dechainee. Le cheval se cabrait sur l'eau qui montait a gros bouillons. Dahut se serrait contre son pere et lui dit: "Sauvez-moi, mon pere!" Il y eut alors un grand eclair dans la tempete et on entendit une voix qui allait de rocher en rocher et disait "Gradlon, lache la princesse".

Saint Guenole, le missionnaire de Dieu

Une forme pale comme un cadavre apparut, enveloppee dans un grand vetement brun. C'etait Saint Guenole, qui dit a la princesse: "Malheur a toi, tu as voulu voler la cle de la ville d'Ys!" Dahut repondait: "Sauvez-moi, emportez-moi au bout du monde!" Mais le cheval Morvarc'h ne bougeait plus et les eaux en furie gagnaient sur eux. Saint Guenole repeta son odre a Gradlon "Lache la princesse!", les vagues enormes etaient a leurs pieds. Dahut glissa a terre et le Roi Gradlon, furieux, poussa sa fille dans la mer. Les vagues se refermerent sur la princesse. La mer engloutit alors la ville d'Ys, dont tous les habitants perirent noyes.Le cheval du roi repartit, bondissant sur les plages puis au travers des pres et des collines, galopant toute la nuit. Gradlon arriva enfin dans la ville ou deux rivieres se rejoignent entre sept collines, Quimper. Il decida d'en faire sa capitale et y vecut le restant de ses jours. A sa mort, on sculpta sa statue dans du granit. Cette statue est aujourd'hui elevee entre les deux tours de la cathedrale Saint Corentin a Quimper. Elle represente le Roi Gradlon, a cheval, regardant en direction de la ville disparue.Certains racontent que Dahut, apres sa mort, devint une sirene et qu'elle apparait aux pecheurs les soirs de lune, peignant sa longue chevelure d'or. Ils disent aussi que par temps tres calme on peut entendre sonner les cloches de la cite disparue.

Gwelas-te morverc'h, pesketour

O kriban en bleo melen aour

Dre an heol splann, e ribl an dour ?

Gwelous a ris ar morverc'h vennu

M'he c'hlevis o kanann zoken

Klemvanus tonn ha kanaouenn.

As-tu vu, pecheur, la fille de la mer,

peignant ses cheveux blonds dores

au grand soleil sur le bord de l'eau ?

J'ai vu la blanche fille de la mer,

je l'ai meme entendu chanter,

plaintifs etaient l'air et la chanson.

La Ville d'Ys, epilogue

La legende rapporte que la ville d'Ys s'elevait dans la baie de Douarnenez. Le lieu-dit Pouldavid, quelques kilometres a l'est de la ville de Douarnenez, est la forme francisee de "Poul Dahut", le "trou de Dahut" en breton, et indique l'endroit ou la princesse fut engloutie par les flots.

On dit aussi que la ville d'Ys etait la plus belle capitale du monde et que Lutece fut baptisee Paris car "Par Ys" en breton signifie "pareille a Ys". Deux proverbes populaires bretons en temoignent:

Abaoue ma beuzet Ker Is

N'eus kavet den par da Baris

Depuis que fut noyée la ville d'Ys

on n'en a point trouvé d'égale a Paris

Pa vo beuzet Paris

Ec'h adsavo Ker Is

Quand Paris sera englouti

Resurgira la ville d'Ys

Légende et Folklore des îles de Bretagne